Souvent on observe une réponse du type les arabes ne peuvent pas être antisémites car sémites eux même.
Ce n'est pas très pertinent comme raisonnement. OK pas antisémite mais l'arabe peut tout de même avoir la haine du juif. Ce qui finalement, revient au même.
Sauf que pas tout à fait, car si je ne me trompe pas l'antisémitisme tel qu'il est pratiqué en Europe, là où il y a peu d'arabes finalement, est un racisme.
C'est un sentiment de crainte vis à vis du juif essentialisé, soupçonné de non loyauté envers la communauté locale et accusé d'un ensemble de caractéristiques infamantes et imaginaires, cupidité, avarice etc...
De mon expérience d'homme oriental qui a grandi dans un monde où le juif est ennemi, mon sentiment envers ce que j'essentialisais comme juif ne ressemblait donc pas à cet antisémitisme européen. Aucunement.
Premièrement, et c'est vraiment pour ne pas l'occulter, l'aversion religieuse aux juifs. Dans les récits de la 'sunna' la tradition initiatique de l'islam, la relation des musulmans avec les juifs n'est pas une histoire d'amour, il y a de la méfiance et des tensions qui se finissent en combat direct. Mais ce n'est pas réellement central dans la doctrine, et si les musulmans ont des ennemis dans les autres religions monothéistes l'accent est plutôt mis sur la chrétienté accusée d'association avec la divinité et considéré comme un tort à redresser ce qui est tout de même plus inquiétant et ce qui ouvre des débats moraux mais qui s'éloigne du sujet de la haine ou du racisme qui nous intéressent ici.
Puis vient le conflit en Palestine. La relation de l'arabe moderne avec les juifs est cristallisée autour de la déclaration de Balfour, la Palestine comme foyer national juif. S'ensuivent les crimes de la colonisation, la spoliation, la destruction et la mise en fuite.
Le juif essentialisé est aux yeux de l'arabe l'auteur du crime, la personne sans parole et sans honneur, le criminel, le cruel. On est bien loin effectivement de l’antisémitisme européen.
Dans les récits que j'ai lus enfant, parlant de la Palestine, écrits par Ghassan Kanafani, le soldat israélien est désigné par "le juif". C'est le juif qui tue l'humain et qui cause la souffrance. C'est le juif qui est combattu et tué en retour.
Le seul texte antisémite que j'ai finalement lu enfant, imposé par le programme scolaire officiel est la pièce de théâtre de Shakespeare "le marchand de Venise" un texte donc européen.
Mais en dehors de ces deux points, le monde Judéo-Musulman à travers l'histoire ne contient pas de problématique particulière et en s'intéressant aux détails on se rend contre qu'au contraire il y a eu de l'entraide et même une complicité philosophique.
Depuis mon arrivée en Europe, j ai rencontré des juifs et je ne pouvais donc plus les essentialiser, j'en ai aimé, j'ai bâti de la camaraderie avec certains, j'en ai trouvé certains particulièrement désagréables.
Si une haine existe chez les arabes donc, c'est la haine de l'ennemi, la haine de l'israélien et du sioniste.
La faute est donc de continuer à essentialiser les personnes juives en tant que telles, la haine du juif est un délit et moralement condamnable.
Je conclus en confirmant que l'arabe d'ici ou d'ailleurs n'a pas à se défendre d'antisémitisme, non pas parce que sémite lui même, mais surtout parce qu'il n'en a pas l'expérience.