L’inadmissible.
J’ai découvert l’existence de Nissim Vaturi (en faisant des recherches dont je parlerai plus tard). Nissim Vaturi est un des vices-présidents de la Knesset, membre du Likoud (et non d’un des partis d’ultra-ultra-ultra-droite de Smotrich ou Ben Gvir). Et ce Nissim Vaturi répète, à quasiment chacune de ses déclarations publiques (et depuis octobre 23) qu’il faut « vider Gaza des Gazaouis ». Ce n’est pas pour cela qu’il a été au centre d’un débat de la commission d’éthique (il y a une commission d’éthique à la Knesset), mais parce qu’en octobre 2024, il a fait une série d’autres déclarations. Il disait qu’il fallait « brûler Gaza », qu’il n’y avait « pas d’innocents à Gaza », et que tous les Palestiniens étaient « des sous-hommes ». Il disait de même qu’il fallait régler le problème des Palestiniens en « faisant de Jénine une nouvelle Gaza », c’est-à-dire qu’il fallait réduire en ruines toute la Cisjordanie (Jénine était visiblement métonymique pour toute la Cisjordanie), et donc qu’il fallait tout brûler. Il ajoutait (mais, là, je n’ai pas trouvé de source que j’estime fiable, – était-ce le même jour ou dans une autre déclaration ?) qu’il fallait prendre l’ensemble de la population de Gaza, séparer les hommes des femmes et des enfants, fusiller l’ensemble des hommes et garder les femmes et les enfants dans des camps.
Cet homme est donc l’un des vices-présidents de la Knesset. Un député, communiste, que l’on nomme « radical », membre du parti Hadash (lequel est une coalition, électoralement insignifiante, de partis arabes et de communistes juifs), Ofer Cassif, a porté plainte devant la commission d’éthique. Le verdict de la commission d’éthique a été d’épargner la moindre sanction à Nissim Vaturi. Son jugement, cité par « Le Times of Israel » (journal conservateur, lié aux conservateurs américains), énonce ceci : « La commission estime que les remarques n’ajoutent pas de respect à la Knesset en tant qu’institution, en particulier à la lumière du fait qu’il est vice-président de la Knesset, mais en raison de l’importance de la sauvegarde de la liberté d’expression, rien ne permet de justifier qu’il a violé les règles d’éthique »
Donc, cet homme n’a pas violé, le Parlement israélien, les règles de l’éthique. Il est donc, aux yeux des députés d’Israel, d’énoncer, en tribune, que les Arabes sont des « sous-hommes », il est éthique de vouloir « vider Gaza des Gazaouis » et de brûler Gaza, et de vouloir brûler l’ensemble des habitations palestiniennes en Cisjordanie (ou peut-être seulement à Jénine ?), et il est n’est pas répréhensible, au nom de la « liberté d’expression », d’appeler au génocide (rappelons que l’exécution des hommes et l’enfermement des femmes et des enfants, c’était ce qui s’était passé à Srébrénica. Il y a eu des milliers de morts. Là, on parle, potentiellement, de millions). Nissim Vaturi continue donc d’occuper le poste qu’il occupe, quitte à souiller le parlement israélien, – ce que la commission accepte.
Là où les choses sont encore plus frappantes est le cas du député qui avait porté plainte, Ofer Cassif. – Et d’abord, cette évidence : il a été le seul à porter plainte. Les députés de la soi-disant gauche, les travaillistes et les autres, tous, sans aucune exception, ils n’ont pas réagi. La question est de savoir pourquoi : le discours de Vaturi s’st-il à ce point banalisé qu’il est devenu normal ?... Ofer Cassif, lui, est qualifié de « radical ». Il est « radical » parce qu’il proclame sa solidarité avec les populations palestiniennes, qu’il a toujours dénoncé les colons (il s’est fait tabasser, a été envoyé à l’hôpital, s’est fait menacer de mort – par un policier), et , en octobre 23, a dit que la politique de l’État d’Israel avait amené au 7 octobre. Il n’a pas, un seul instant (du moins n’ai-je rien trouvé, – ne lisant pas l’hébreu) excusé le massacre du Hamas. Il a dit que ce massacre était le résultat de décennies et de décennies de la politique colonialiste de l’État d'israel. Après cette déclaration, lui, – et à l’unanimité des membres de la Knesset (je ne sais pas ce que faisaient ses quelques collègues de son parti), il a été sanctionné, pour « propos inadmissibles », et interdit, à l’unanimité, de débats au Parlement. Il a le droit de vote, mais il n’a pas le droit de parler.
Donc, d’un côté, des propos génocidaires – clairement génocidaires, – et pronant le crime contre l’humanité (le nettoyage ethnique). Ces propos-là sont « éthiques ». De l’autre, une dénonciation de la volonté génocidaire, – et cette dénonciation est, pour l’ensemble du parlement (pas seulement pour la droite au pouvoir) – « inadmissible ».
Une image d’Israel aujourd’hui.Cela, c'est l’Israel de Trump. C’est aussi, hélas, l’Israel de l’Europe (et donc, d’un point de vue électoral, le nôtre ici), puisque l’Europe continue de collaborer, militairement et économiquement, avec Israel.
Deux poids deux mesures. Le boycott de la Russie poutinienne fait consensus (mais n’entrons pas dans les détails...). Ce boycott n’est pas anti-russe, il se veut, au contraire, une arme pour une transformation démocratique de la Russie... même si c’est peu de dire que nous en sommes loin. – Il est absolument nécessaire, fondamental, que l’Union européenne boycotte, dans les conditions présentes et de la même façon, Israel, un pays qui, au nom de la liberté d’expression, accepte qu’on puisse considérer un homme comme un « sous-homme », et admet les appels au génocide énoncés par des membres éminents de son parlement. Ce boycott ne sera pas anti-israélien, il devrait être, au contraire, un appel à la dignité et à l’éthique. Vouloir « vider Gaza des Gazaouïs » (expression ressassée par Vaturi, mais pas que par lui) est vouloir perpétrer un crime contre l’Humanité, même au nom de la lutte contre le Hamas.